À l’approche de la présidentielle brésilienne, de fausses militantes pro-Bolsonaro générées par IA brouillent les pistes

EN BREF

  • Une influenceuse blonde pro-Bolsonaro, devenue virale, était une personne générée par IA.
  • La vidéo transformait le député conservateur Nikolas Ferreira en jeune femme.
  • Le compte a attiré plus de 500 000 abonnés avant sa suppression; il faisait aussi la promotion de contenus pornographiques générés par IA.
  • Des révélations sur un contrat de campagne lié à l’IA alimentent les soupçons, mais aucun lien direct avec ce compte n’est établi.
  • L’affaire illustre les risques de désinformation et de manipulation en période électorale.

À quelques jours du second tour de la présidentielle brésilienne, une jeune femme blonde présentée comme une militante de Flavio Bolsonaro a accumulé des millions de vues sur les réseaux sociaux. L’enquête a révélé que cette figure virale avait été générée par intelligence artificielle à partir de l’image d’un homme politique conservateur. Le cas illustre comment la création d’avatars synthétiques, la diffusion virale et la monétisation de contenus peuvent brouiller l’information en période électorale, sans toutefois établir à elles seules l’existence d’une opération coordonnée de campagne.

À l’approche de la présidentielle brésilienne, de fausses militantes pro-Bolsonaro générées par IA brouillent les pistes

Le 17 octobre 2026, lors d’un rassemblement de Flavio Bolsonaro, une vidéo commence à circuler en ligne. Elle montre une jeune femme blonde, vêtue de manière légère, dansant et chantant près du candidat. Le compte Instagram associé à cette identité, « Julia Berlli Cortez », gagne rapidement en visibilité et dépasse les 500 000 abonnés. La personne se présente comme favorable aux valeurs traditionnelles et appelle à voter.

Mais cette militante n’existe pas. L’influenceur brésilien Guga Figueiredo et le média chilien FastCheck ont montré que son apparence a été créée à l’aide d’outils d’intelligence artificielle. Dans la séquence d’origine, la personne présente aux côtés de Flavio Bolsonaro est un homme : le député Nikolas Ferreira, soutien du candidat et de son père, Jair Bolsonaro.

Une identité synthétique construite à partir d’images réelles

Le procédé ne consiste donc pas nécessairement à fabriquer chaque élément de la scène. Des images authentiques d’un rassemblement peuvent servir de base, tandis que des outils de génération ou de modification visuelle transforment le visage et les caractéristiques d’une personne. Le résultat associe un événement réel à une identité fictive, ce qui complique la vérification pour les internautes qui ne connaissent pas le contexte original.

Les publications attribuées à « Julia Cortez » ne se limitaient pas à une seule vidéo. FastCheck a repéré d’autres contenus où le personnage répondait à des questions et expliquait son soutien à Bolsonaro. Des comptes reprenant la même apparence ont également réapparu après la suppression du compte initial par Meta. Cela met en évidence une difficulté technique pour les plateformes : supprimer un profil ne suffit pas toujours à faire disparaître les copies ou les comptes de remplacement.

Une vidéo virale dans une campagne marquée par des écarts entre électrices et électeurs

Le contexte électoral donne à cette mise en scène une portée particulière. Le second tour entre le président de gauche Lula et le conservateur Flavio Bolsonaro doit se tenir le 25 octobre. Selon un sondage Datafolha cité dans les informations disponibles, Bolsonaro était moins populaire auprès des femmes que Lula : 35 % contre 46 %. Chez les hommes, le rapport s’inversait, avec 44 % pour Bolsonaro et 39 % pour son adversaire.

La présence d’une jeune femme supposément engagée à ses côtés peut ainsi donner l’impression que la candidature attire davantage de sympathisantes. Des observateurs ont avancé que l’image répondait à une faible représentation des femmes dans certains rassemblements de l’extrême droite. Cette interprétation décrit un effet potentiel de la vidéo, mais ne permet pas, à elle seule, d’établir qui l’a produite ni dans quel but politique précis.

Les signaux qui compliquent l’identification

Les contenus synthétiques exploitent souvent des indices visuels et narratifs familiers : une personne filmée dans une foule, un message de soutien simple et un appel au vote. Ces éléments peuvent rendre la scène crédible au premier regard, surtout lorsque la vidéo est partagée sans sa source initiale. La répétition du même personnage dans plusieurs publications renforce aussi l’impression qu’il s’agit d’une personnalité réelle disposant d’une présence régulière en ligne.

La vérification demande alors de comparer les images avec d’autres prises de vue de l’événement, de rechercher les versions antérieures de la séquence et d’examiner l’historique du compte. Dans ce cas, le rapprochement avec la vidéo montrant Nikolas Ferreira a permis de révéler la transformation. Cette démarche illustre l’importance de conserver le contexte d’origine et de distinguer une modification audiovisuelle d’une scène entièrement fabriquée.

De la promotion politique à la monétisation de contenus adultes

Le compte attribué à « Julia Cortez » avait aussi une dimension commerciale. Sa biographie Instagram renvoyait vers un canal payant sur Telegram, qui aurait réuni plus de 150 000 abonnés. Les contenus associés à ce canal étaient eux aussi présentés comme générés par intelligence artificielle et relevaient de l’imagerie pornographique.

Cette activité nuance l’hypothèse d’une opération conçue uniquement pour influencer le vote. Un même personnage artificiel peut attirer une audience grâce à des publications politiques, puis servir à rediriger cette audience vers des contenus payants. La viralité électorale devient alors un levier d’acquisition pour une activité de monétisation, sans exclure d’autres usages possibles du compte.

Des soupçons plus larges sur l’usage de l’IA pendant la campagne

Le cas apparaît au moment où l’usage de l’intelligence artificielle dans la campagne brésilienne suscite des inquiétudes plus générales. Bruno Lewicki, responsable des politiques publiques d’OpenAI en Amérique latine, a décrit le Brésil comme un terrain d’observation important pour les usages électoraux de ces technologies, dans un entretien accordé au quotidien Folha de São Paulo en septembre.

D’autres personnages artificiels ont également circulé. Parmi eux, « Dona Maria », une retraitée afro-brésilienne fictive qui critique le Parti des travailleurs de Lula, ainsi que des images prétendant montrer une travailleuse effaçant des graffitis hostiles à Jair Bolsonaro dans une station de métro de São Paulo. Ces publications, elles aussi générées par IA, ont atteint une large audience, selon les informations rapportées par la presse.

Les révélations concernant un contrat de cybersécurité

Parallèlement, le média brésilien The Intercept a rapporté que Flavio Bolsonaro et son parti auraient dépensé plus de 140 000 dollars auprès de l’entreprise américaine de cybersécurité Elytron. Des documents confidentiels évoqueraient la collecte massive de données, l’identification de groupes d’électeurs et des méthodes susceptibles d’inclure la diffusion de rumeurs, la création de faux comptes ou des techniques d’infiltration.

La proximité entre ces éléments et les pratiques observées dans certains contenus en ligne a alimenté les interrogations. Toutefois, aucun lien direct n’a été établi entre le contrat décrit et le compte de « Julia Cortez ». L’équipe de campagne de Bolsonaro et Elytron contestent toute implication dans des activités illégales. Il convient donc de distinguer les faits vérifiés sur l’avatar et les documents rapportés des hypothèses concernant une éventuelle coordination.

Les plateformes face aux contenus synthétiques en période électorale

La circulation de ces vidéos pose aux réseaux sociaux plusieurs problèmes techniques : repérer les images modifiées, identifier les comptes qui les republient et limiter leur diffusion sans supprimer des contenus légitimes. Les avatars peuvent changer de nom ou de profil, tandis que des copies réapparaissent après une modération. La détection automatisée peut aider à signaler certains contenus, mais elle ne remplace pas l’analyse de leur contexte et de leur provenance.

Au Brésil, la campagne s’est aussi déroulée sur le terrain judiciaire, les deux camps ayant déposé des recours visant la candidature de leur adversaire et invoquant des abus de pouvoir. Dans cet environnement polarisé, une image artificielle peut être utilisée pour attirer l’attention, propager une interprétation politique ou générer des revenus. Le défi pour les électeurs et les plateformes consiste à vérifier l’origine des contenus avant de les partager, en particulier lorsque des images réelles ont été transformées pour fabriquer une identité fictive.

Dans la même catégorie

Contact

Rejoignez Jeux P2E

Explorez, apprenez et Innovez avec Jeux P2E
Liens rapide
Liens utiles

©2025 Copyright – Jeux P2e

Retour en haut