Le 16 septembre 2026, à Paris, l’État a distingué 109 projets lors de la cérémonie des Concours d’innovation. Derrière ces récompenses, un enjeu dépasse la remise de prix : transformer plus rapidement les découvertes scientifiques en produits, en services et en emplois. Les 69 lauréats i-Lab, sélectionnés parmi 569 candidatures, bénéficieront d’un soutien pouvant atteindre 600 000 euros par projet. En amont, 40 équipes i-PhD, dont dix Grands Prix, seront accompagnées dans leur démarche de création d’entreprise.
La dynamique est réelle : selon Bpifrance, 410 start-up deeptech ont vu le jour en France en 2025, presque deux fois plus qu’en 2019. Pourtant, passer du laboratoire au marché ne suffit pas à garantir le passage à l’échelle. Les tours de financement à partir de la série B restent difficiles à boucler, tandis que l’industrialisation exige des capitaux, des partenaires et du temps. Pour une jeune pousse fictive comme NovaMat, née d’une recherche sur des matériaux avancés, le concours peut donc servir de tremplin, mais pas de ligne d’arrivée. Le défi de 2026 consiste à relier innovation, transfert technologique et entrepreneuriat pour que les inventions françaises trouvent aussi leur place dans la production.
Sommaire
ToggleConcours d’innovation 2026 : i-Lab et i-PhD rapprochent recherche et entreprise
La cérémonie réunissait Anne Le Hénanff, ministre chargée de l’Intelligence artificielle et du Numérique, et Bruno Bonnell, secrétaire général pour l’investissement chargé de France 2030. Les deux volets récompensent des étapes différentes : i-PhD accompagne les jeunes chercheurs qui préparent la création d’une start-up, tandis qu’i-Lab soutient des projets d’entreprise innovante nécessitant encore des travaux de recherche et développement.
Pour NovaMat, le parcours pourrait commencer par la maturation d’un résultat au laboratoire, avec l’appui d’une structure de transfert technologique, puis se poursuivre par la mise au point d’un prototype financée par i-Lab. Ce chemin illustre l’ambition des concours : convertir une avancée scientifique en solution concrète, plutôt que de laisser la découverte sans débouché industriel. Depuis 1999, près de 5 000 lauréats ont été récompensés par ces dispositifs.
Deux dispositifs complémentaires pour faire mûrir les projets deeptech
Le volet i-PhD intervient en amont et propose un accompagnement d’un an aux jeunes chercheurs. Le travail s’effectue avec les laboratoires, les incubateurs de la recherche publique et les structures de transfert, afin d’évaluer le potentiel économique et les étapes de création d’entreprise. i-Lab prend ensuite le relais pour financer des travaux destinés à finaliser un produit, un procédé ou un service technologique.
En 2026, les projets retenus couvrent notamment la santé, les biotechnologies, les nouvelles énergies et les mobilités, mais aussi les matériaux innovants, le quantique et l’intelligence artificielle. Cette diversité reflète la variété des marchés auxquels la deeptech peut s’adresser. Pour découvrir un exemple d’écosystème reliant recherche et innovation en santé, les initiatives de valorisation des innovations en santé autour de Conectus offrent un éclairage complémentaire.
i-Lab 2026 : un financement pour transformer un prototype en activité
Les 69 projets i-Lab ont été choisis parmi 569 candidatures. Chaque lauréat peut recevoir jusqu’à 600 000 euros, dans le cadre d’une enveloppe globale de 25 millions d’euros, pour financer des travaux de R&D. Opéré par Bpifrance pour le compte de l’État, le concours vise à réduire l’écart entre une technologie prometteuse et une solution suffisamment aboutie pour rencontrer ses premiers clients.
Ce financement peut notamment aider une équipe à valider les performances d’un prototype, à sécuriser un procédé ou à préparer une première production. Il ne couvre toutefois pas automatiquement tous les besoins d’une entreprise : recrutement, accès aux marchés et investissement industriel réclament souvent des ressources supplémentaires. Comme le rappelle le parcours de NovaMat, une subvention peut faire franchir un cap technologique, mais la préparation commerciale et industrielle doit avancer en parallèle.
| Volet | Projets distingués en 2026 | Étape accompagnée | Finalité |
|---|---|---|---|
| i-PhD | 40 projets, dont dix Grands Prix | Maturation d’un projet porté par de jeunes chercheurs | Préparer la création d’une start-up issue de la recherche |
| i-Lab | 69 lauréats parmi 569 candidatures, dont dix Grands Prix | R&D et finalisation d’une innovation | Faire émerger une entreprise de technologies innovantes |
| Ensemble des concours | 109 lauréats | Du transfert technologique au développement de l’entreprise | Accélérer la valorisation économique des découvertes |
Les concours s’inscrivent dans le Plan Deeptech lancé en 2019, qui vise la création de 500 start-up par an d’ici 2030 et s’appuie notamment sur 29 pôles universitaires d’innovation soutenus par France 2030. En Bourgogne-Franche-Comté, six projets figurent parmi les lauréats 2026 : trois i-Lab et trois i-PhD, selon l’Université Bourgogne Europe. Le soutien public cherche ainsi à faire émerger des entreprises au plus près des laboratoires et des territoires.
Du concours à l’industrialisation : les étapes à anticiper
Pour préparer le passage à l’échelle, une équipe lauréate doit penser au-delà de la preuve scientifique. Elle doit notamment vérifier que sa technologie peut être produite de façon fiable, identifier ses futurs clients et déterminer les moyens nécessaires pour augmenter les volumes. Ce travail peut aussi conduire à repérer tôt les besoins en certification, en propriété intellectuelle ou en partenaires industriels.
- Consolider la preuve technologique : démontrer que le produit ou le procédé fonctionne dans des conditions proches de l’usage réel.
- Clarifier le transfert technologique : définir les droits, les partenariats et les compétences qui relient le laboratoire à l’entreprise.
- Valider le marché : confronter la proposition de valeur aux besoins des clients et aux contraintes de leur secteur.
- Préparer l’industrialisation : anticiper les équipements, les fournisseurs, les normes et les coûts de production.
- Construire le financement de croissance : combiner aides publiques, investisseurs et partenariats adaptés à chaque étape.
Cette préparation est d’autant plus importante que les technologies de rupture avancent rarement au rythme d’un logiciel classique : essais, validation et mise en production peuvent prendre plusieurs années. Les repères sur le soutien aux innovations de rupture permettent de mieux situer les enjeux propres à ces projets de long terme. Pour NovaMat, réussir ne signifierait pas seulement obtenir un brevet, mais produire une solution fiable à un coût acceptable.
Deeptech française : une croissance forte, mais un financement encore concentré
Le bilan publié par Bpifrance en mars 2026 recense 410 créations de start-up deeptech en 2025, contre 207 en 2019. Cela représente 82 % de l’objectif annuel de 500 créations fixé pour 2030. La France comptait alors 2 830 start-up deeptech actives, qui généraient 5,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 50 000 emplois directs.
Les levées de fonds de ces entreprises ont atteint 4,1 milliards d’euros en 2025, soit environ la moitié des montants levés par l’ensemble de la French Tech selon Bpifrance. D’après Dealroom, cité par la banque publique, Paris figure au troisième rang mondial des écosystèmes deeptech en montants levés, derrière la Bay Area et Boston. Ces indicateurs témoignent d’une base solide, mais ils ne disent pas à eux seuls si les jeunes pousses disposent de moyens suffisants pour produire à grande échelle.
La série B, un point de tension pour les start-up innovantes
Le baromètre de France Digitale et EY publié le 8 septembre 2026 fait état de 4,58 milliards d’euros levés par les start-up françaises au premier semestre, contre 2,78 milliards un an plus tôt, soit une hausse de 65 %. Pourtant, le nombre d’opérations a diminué de 10 %, à 280, ce qui porte le ticket moyen au-delà de 16 millions d’euros. Les logiciels et l’intelligence artificielle captent la majeure partie des fonds, devant les technologies financières et les sciences de la vie.
Le document identifie aussi une difficulté à partir de la série B, le tour qui suit généralement l’amorçage et la série A. Parmi les fonds interrogés, 72 % déclarent être contraints à ce stade par des moyens insuffisants. Ce chiffre concerne l’ensemble de l’écosystème étudié, et non spécifiquement les entreprises lauréates d’i-Lab ou d’i-PhD. Il souligne néanmoins un risque concret : faute de capitaux de croissance, une entreprise peut peiner à financer ses essais industriels, ses recrutements ou son déploiement commercial.
Pour les investisseurs interrogés, la deeptech demeure une priorité pour 2026-2027, tandis que la défense et le spatial gagnent en importance. Mais les ambitions ne se concrétisent que si les financements suivent les besoins propres aux technologies longues à développer. Un radar des tendances de l’innovation peut aider à mieux lire ces évolutions sectorielles, sans remplacer l’analyse du modèle économique de chaque entreprise.
Faire passer la deeptech à l’échelle supérieure en France
Le passage à l’échelle suppose de coordonner plusieurs acteurs : chercheurs, entrepreneurs, investisseurs, grands groupes et pouvoirs publics. Les concours d’innovation contribuent à franchir les premiers jalons, tandis que les 29 pôles universitaires d’innovation et les dispositifs de France 2030 peuvent soutenir les coopérations entre laboratoires et entreprises. La réussite dépend ensuite de la capacité à transformer ces liens en contrats, en capacités de production et en débouchés durables.
Anne Le Hénanff a résumé l’objectif politique par la formule « innovation rime avec production ». Bruno Bonnell a, de son côté, rappelé que le parcours deeptech est long et semé de défis. Pour une société comme NovaMat, cette ambition se traduit par un enchaînement très concret : consolider la technologie, convaincre ses premiers clients, sécuriser des financements de croissance et établir une production reproductible. C’est à cette condition que les lauréats pourront contribuer à faire de la recherche française une force économique durable.
Combien de projets ont été distingués aux Concours d’innovation 2026 ?
109 lauréats ont été récompensés : 40 projets i-PhD, dont dix Grands Prix, et 69 lauréats i-Lab, également avec dix Grands Prix.
Quel financement peut recevoir un lauréat i-Lab ?
Un projet i-Lab peut bénéficier d’un soutien allant jusqu’à 600 000 euros. L’enveloppe globale annoncée pour les 69 lauréats est de 25 millions d’euros.
À quoi sert le concours i-PhD ?
i-PhD accompagne pendant un an de jeunes chercheurs qui souhaitent valoriser des résultats de recherche et préparer la création d’une start-up deeptech, en lien avec des laboratoires, incubateurs et structures de transfert technologique.
Pourquoi le passage à l’échelle reste-t-il difficile pour la deeptech ?
Après les premières phases de financement, les entreprises doivent financer des essais, des recrutements, l’industrialisation et leur développement commercial. Le baromètre France Digitale-EY indique que 72 % des fonds interrogés sont contraints au stade de la série B, tous secteurs de l’écosystème étudié confondus.