À Marseille, la deuxième journée de « Parlons mer » a placé l’innovation au cœur des échanges sur l’avenir des activités maritimes. Dès l’ouverture, Vincent Thirion a rappelé que la mer oblige à s’adapter, à oser et à accepter une part d’incertitude. Lors de la table ronde animée par Olivier Biscaye, les intervenants ont donné au mot « innover » des contours différents, mais complémentaires : changer de modèle, investir dans la recherche et développement ou bousculer des habitudes bien installées.
Le débat, publié le 26 septembre 2026, met en lumière un paradoxe familier aux entreprises de l’économie bleue : les projets capables de transformer les usages doivent souvent composer avec des délais, des normes et des procédures qui ralentissent leur mise à l’épreuve. Pour une jeune pousse comme NepTech, qui conçoit des bateaux à propulsion électrique et hydrogène, la prise de risque n’est pas un slogan, mais une réalité de conception et de développement. Reste à faire converger ambition industrielle, sécurité en mer, transition écologique et contraintes administratives.
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ToggleInnovation maritime : changer de paradigme sans ignorer les risques
Pour David Friedmann, fondateur d’ID & Cie et spécialiste de l’économie bleue, une innovation correspond à un changement de paradigme. Elle ne se limite donc pas à ajouter une technologie à un équipement existant : elle peut modifier la manière de concevoir un service, d’exploiter un navire ou de répartir les responsabilités entre acteurs.
Tanguy Goetz, cofondateur de NepTech, insiste sur l’incertitude inhérente à la recherche et développement : engager des ressources dans une piste dont l’issue n’est pas garantie fait partie du processus. Ce risque est particulièrement concret dans le maritime, où une solution doit être testée dans des conditions exigeantes avant de pouvoir être déployée à grande échelle.
La recherche et développement, un investissement dans l’inconnu
Une entreprise qui conçoit un bateau à propulsion électrique ou hydrogène doit franchir plusieurs étapes : définir un usage, mettre au point des composants, éprouver le prototype, puis démontrer que l’ensemble répond aux exigences opérationnelles. À chaque phase, les choix techniques peuvent évoluer et les dépenses s’accumuler avant l’arrivée de recettes commerciales.
Pour illustrer ce parcours, imaginons une entreprise fictive qui développe une navette côtière à faibles émissions. Son équipe doit vérifier l’autonomie, la recharge, la robustesse des équipements et l’adéquation avec les besoins des opérateurs portuaires. La prise de risque devient alors un travail méthodique : tester tôt, repérer les défauts et adapter le projet avant d’engager des investissements plus lourds.
Cette logique rappelle que l’innovation ne naît pas seulement d’une idée brillante. Elle dépend aussi de la capacité à financer des essais, à mobiliser des partenaires et à tirer des enseignements des résultats qui ne correspondent pas aux attentes.
Contraintes administratives et réglementation maritime : transformer le cadre en étape de conception
Éric Brassart, élu à la CCI du pays d’Arles et délégué au port d’Arles, décrit l’innovation comme une façon de « faire bouger les choses » face à des systèmes devenus rigides. Son propos souligne une difficulté récurrente : les porteurs de projets peuvent se heurter à des procédures établies, même lorsque leur solution vise à répondre à de nouveaux besoins.
Pour autant, les contraintes administratives ne sont pas uniquement des freins. La réglementation maritime encadre notamment des enjeux déterminants comme la fiabilité des équipements et la sécurité en mer. L’enjeu est de rendre les démarches lisibles et proportionnées, afin que les nouvelles solutions puissent être évaluées sans sacrifier les protections nécessaires.
Anticiper les démarches dès les premières phases
Dans le cas de notre navette fictive, attendre la fin du prototype pour vérifier les exigences applicables risquerait d’entraîner des modifications coûteuses. À l’inverse, associer en amont les opérateurs, les spécialistes de la sécurité et les interlocuteurs concernés permet de repérer plus tôt les questions de conformité et d’exploitation.
Une démarche utile consiste à cartographier les étapes du projet : essais, autorisations nécessaires, conditions d’accueil au port et procédures de maintenance. Cette préparation ne supprime pas les délais, mais elle réduit le risque de découvrir tardivement une incompatibilité majeure. Des initiatives présentées autour de la dynamique d’innovation maritime dans la rade de Brest illustrent l’intérêt de rapprocher expérimentateurs et acteurs du territoire.
La réglementation devient plus facile à intégrer lorsqu’elle est considérée comme une composante du cahier des charges, plutôt que comme un contrôle à subir après coup. C’est aussi une condition pour convaincre partenaires et utilisateurs de la solidité d’un projet.
Financement de l’innovation : soutenir les étapes avant la mise en marché
Le financement de l’innovation doit couvrir une période où les dépenses sont réelles, mais où les revenus restent incertains. Pour une entreprise maritime, les coûts peuvent concerner les études, les prototypes, les essais en conditions d’usage et la validation des procédés. Un financement trop court peut interrompre le développement juste avant que la solution ait démontré son intérêt.
La stratégie consiste donc à relier chaque ressource à un jalon vérifiable. Une première enveloppe peut servir à éprouver une fonction précise ; une étape suivante, à tester le système complet avec des partenaires. La recherche et développement gagne ainsi en lisibilité pour les financeurs, qui peuvent évaluer les progrès autant que les résultats finaux.
Associer les bons partenaires au bon moment
Les entreprises ne peuvent généralement pas porter seules toutes les compétences et tous les coûts. Coopérer avec des laboratoires, des industriels, des ports ou des utilisateurs permet de partager les connaissances et de confronter plus vite une idée aux réalités du terrain. La recherche publique au service de l’innovation peut notamment contribuer à structurer les étapes de validation et les collaborations.
Les dispositifs de mise en réseau et les rendez-vous professionnels sont également utiles pour faire connaître une solution, rencontrer des partenaires et repérer des débouchés. Les initiatives qui distinguent des innovations liées à l’océan participent à cette visibilité, sans remplacer pour autant le travail de démonstration technique et commerciale.
Le tableau ci-dessous résume les principaux points de vigilance pour un projet maritime en développement. La cohérence entre ambition, moyens et calendrier est souvent aussi décisive que l’idée de départ.
| Étape du projet | Risque ou contrainte | Réponse à privilégier |
|---|---|---|
| Définition du besoin | Concevoir une solution sans usage clairement établi | Associer dès le départ opérateurs et futurs utilisateurs |
| Recherche et développement | Résultats techniques incertains et coûts progressifs | Découper les essais en jalons mesurables |
| Préparation des essais | Découvrir tardivement des exigences de conformité | Intégrer la réglementation maritime et la sécurité dans la conception |
| Déploiement | Manque de financement ou de partenaires opérationnels | Construire un plan de financement associé à des étapes concrètes |
Entrepreneuriat en mer : faire de la transition écologique un projet opérationnel
L’entrepreneuriat en mer se déploie dans un environnement où les conditions d’exploitation comptent autant que la performance théorique. Une innovation doit répondre à des usages réels : circuler dans un port, s’intégrer à une chaîne logistique ou résister à des conditions de navigation données. La transition écologique constitue un moteur important, mais elle ne dispense pas de démontrer la fiabilité et la pertinence économique de la solution.
Pour la navette fictive, la réduction des émissions n’aurait de portée que si le bateau peut accomplir ses missions dans des conditions compatibles avec les besoins de ses exploitants. Il faut donc considérer ensemble la propulsion, l’organisation des trajets, les infrastructures disponibles et la maintenance. Une innovation durable est une innovation qui peut être utilisée et entretenue dans la durée.
Les leviers concrets pour faire avancer un projet maritime
- Partir d’un besoin identifié : documenter les difficultés rencontrées par les équipages, les gestionnaires portuaires ou les opérateurs avant de figer la solution.
- Tester progressivement : privilégier des essais ciblés avant de passer à un déploiement plus vaste, afin de corriger les défauts à un coût maîtrisé.
- Intégrer la sécurité en mer dès la conception : analyser les scénarios d’usage et les conditions d’exploitation en même temps que les performances environnementales.
- Préparer le financement de l’innovation : relier chaque demande de financement à des objectifs, des dépenses et des résultats attendus.
- Dialoguer avec les acteurs du secteur : mobiliser ports, entreprises, chercheurs et futurs utilisateurs pour éviter qu’une solution reste au stade du prototype.
Ces leviers montrent pourquoi l’innovation maritime est rarement l’affaire d’un seul inventeur. Elle repose sur des coopérations capables de faire dialoguer technologie, économie, réglementation et usages. Le pari devient plus solide lorsque chacun sait à quel moment intervenir et ce qu’il peut apporter.
Au fond, le débat de « Parlons mer » oppose moins l’audace aux règles qu’il ne pose la question de leur articulation. Oser expérimenter, comme le défendent les intervenants, suppose d’accepter l’incertitude ; réussir exige ensuite de la rendre maîtrisable par la méthode, les alliances et une vision claire des contraintes.
Que signifie innover dans le secteur maritime ?
Innover en mer peut consister à transformer un produit, un service ou un modèle d’exploitation. La nouveauté doit répondre à un besoin réel et pouvoir être éprouvée dans des conditions maritimes adaptées.
Pourquoi la recherche et développement comporte-t-elle des risques ?
Les résultats techniques ne sont pas garantis dès le début. Les essais peuvent révéler des limites et imposer des ajustements, ce qui rend nécessaire un financement progressif et une planification par étapes.
Les contraintes administratives empêchent-elles l’innovation maritime ?
Elles peuvent ralentir un projet si elles sont anticipées trop tard. Intégrer les démarches et les exigences de réglementation maritime dès la conception aide à limiter les retards tout en préservant la sécurité en mer.
Comment financer un projet d’entrepreneuriat en mer ?
Un projet gagne en crédibilité lorsqu’il présente des objectifs mesurables, un calendrier de développement et des jalons d’essai. Les partenariats avec des entreprises, des ports ou des organismes de recherche peuvent aussi renforcer son montage.
Quel lien existe entre innovation maritime et transition écologique ?
L’innovation peut contribuer à réduire l’impact environnemental des activités maritimes, par exemple en faisant évoluer les équipements ou les pratiques. Elle doit toutefois rester compatible avec les usages, la sécurité et les conditions réelles d’exploitation.