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ToggleUn paysage technologique façonné par l’idéologie
En Russie, l’intelligence artificielle (IA) ne se contente pas d’être une simple avancée technologique ; elle est profondément imbriquée dans une idéologie politique clairement définie. Dans un contexte où les jeunes et les citoyens en général adoptent de plus en plus ces technologies, le Kremlin intensifie ses efforts pour développer des systèmes d’IA qui ne se limitent pas à servir l’économie, mais aussi à promouvoir et maintenir une vision du monde conforme à ses intérêts. Cet article explore comment le pouvoir russe parvient à transformer l’IA en un outil idéologique puissant.
La conférence de l’IA et le discours de Poutine
Le 19 novembre, lors de la conférence « Sber – AI Journey international conference », un robot humanoïde nommé Green a accueilli Vladimir Poutine, illustrant ainsi l’importance croissante de l’IA pour le gouvernement russe. Dans son discours, Poutine a souligné que les technologies d’IA générative sont un élément crucial pour les futurs développements stratégiques du pays. Déjà, la Stratégie nationale de développement de l’IA, adoptée en 2019, vise à faire en sorte que l’IA contribue à hauteur de plus de 11 000 milliards de roubles au PIB d’ici 2030.
Un outil pour la censure et la propagande
Alors que les technologies d’IA peuvent être utilisées pour promouvoir le développement économique, elles constituent également un puissant mécanisme de contrôle social. Cela inclut la censure d’opinions diverses et la propagande idéologique. Les systèmes d’IA conçus par le Kremlin sont programmés pour diffuser la version officielle de l’histoire et masquer les vérités qui pourraient remettre en question cette narrative. Par exemple, des chatbots comme Alice AI orientent les utilisateurs vers des interprétations favorables à l’État, tout en omettant des informations critiques.
La construction d’une réalité alternative
La méthode employée par le pouvoir russe pour construire cette réalité alternative repose sur une vision de l’idéologie telle que définie par des penseurs comme Karl Mannheim. Selon cette perspective, le pouvoir utilise l’idéologie comme un moyen de masquer des inégalités et de maintenir un ordre politique favorable. Dans « la réalité » du Kremlin, la guerre devient une « opération militaire spéciale », et la démocratie est omniprésente, malgré l’absence de véritables alternatives politiques.
Un projet de souveraineté des valeurs
À l’avenir, les systèmes d’IA doivent non seulement répondre aux besoins technologiques, mais également s’aligner sur une souveraineté des valeurs qui reflète les idéaux de l’État russe. Le Premier ministre, Mikhaïl Michoustine, a affirmé que les IA nationales, comme GigaChat, doivent représenter une vision du monde qui s’oppose à celle des intelligences artificielles occidentales, notamment en ce qui concerne la moralité. Cela souligne l’importance de développer des systèmes qui renforcent la vision officielle du Kremlin.
Scénarios d’isolement et contrôle accru
Le développement d’un ensemble intégré d’IA idéologisées au sein d’un Internet souverain limite considérablement l’accès aux informations extérieures. Cela contribue à un isolement culturel et social qui permet à l’État d’exercer un contrôle sans précédent sur sa population. L’accès à une information diverse est restreint, accentuant la tendance à vivre dans une bulle d’informations biaisées qui ne remet pas en cause les narrations du pouvoir.
Des enjeux globaux préoccupants
Le modèle russe d’IA idéologisée n’est pas seulement un phénomène interne ; il pose également des défis à l’échelle internationale. Les autres pays doivent se préparer à contrer la propagation de fausses informations et à défendre leurs propres systèmes face à des cyberattaques potentielles. Cette dynamique met en lumière les implications plus larges de la façon dont la technologie peut être utilisée pour manipuler l’opinion publique et influencer des décisions politiques, celle-ci n’étant pas limitée aux frontières de la Russie.
