Depuis plus de trois décennies, Jérôme Casas poursuit ses recherches à Tours alors que des universités prestigieuses lui ont proposé de partir. Entomologiste de renommée internationale, professeur d’écologie à l’Université de Tours et chercheur à l’Institut de Recherche sur la Biologie de l’Insecte (IRBI), il aurait pu suivre les occasions de recrutement universitaire qui s’offraient à lui, parfois assorties de rémunérations deux ou trois fois supérieures. Il a préféré conserver son équipe, ses moyens de travail et un cadre de vie auquel il est profondément attaché.
À 65 ans, celui qui a reçu le prix Gay-Lussac Humboldt en 2020 consacre une part majeure de son temps à PheroInnov, un projet qui transpose les capacités olfactives des insectes à la détection d’explosifs et de mines. Son parcours éclaire les ressorts d’un choix de carrière rarement réduit à une question de salaire : la confiance, la liberté scientifique et la qualité du quotidien ont pesé autant que l’excellence de la recherche. Installé en Touraine depuis 1993, ce chercheur de renom entend ainsi donner une portée concrète à sa carrière scientifique.
Sommaire
ToggleJérôme Casas, un chercheur de renom resté à l’Université de Tours
Originaire du canton suisse de Neuchâtel, Jérôme Casas s’intéresse aux insectes dès l’enfance. Avant même ses dix ans, il collectionne des spécimens et se passionne pour leur fonctionnement. Sa mère l’aide ensuite à échanger avec des scientifiques et à consulter des bibliothèques universitaires, alors qu’il est encore adolescent.
Son parcours le mène à l’École polytechnique fédérale de Zurich, puis à l’Imperial College de Londres pour une année d’échange. Après son doctorat en Suisse, il effectue un postdoctorat à Glasgow, avant de reprendre un poste à Zurich et de poursuivre sa carrière à l’Université de Californie, à Santa Barbara. Cette mobilité académique lui donne une expérience internationale avant son arrivée en France.
Des grandes universités à la Touraine : un choix de carrière assumé
Aux États-Unis, le chercheur travaille au Marine Science Institute, dans un environnement qu’il décrit comme exceptionnel, avec l’océan visible depuis son bureau. Il choisit toutefois de revenir en Europe, conscient que le système universitaire américain encourage les chercheurs à changer régulièrement d’établissement.
En 1993, il reçoit une proposition allemande et une proposition française. L’offre allemande est financièrement plus élevée, mais il décide de faire confiance à l’engagement pris à Tours, engagement qui, selon lui, a été respecté. Ce premier choix devient une forme de fidélité institutionnelle, fondée sur des conditions de travail et une relation de confiance plutôt que sur une stratégie de mobilité permanente.
Au fil des années, d’autres universités prestigieuses le sollicitent. Certaines propositions auraient doublé, voire triplé son salaire, mais Casas estime qu’il dispose à Tours de l’équipe et des instruments nécessaires, ainsi que des financements utiles à ses travaux. Son itinéraire rappelle que l’attractivité universitaire repose aussi sur la stabilité des équipes et la capacité à donner aux scientifiques les moyens d’agir. Des initiatives consacrées à l’innovation française à l’échelle mondiale illustrent également l’importance de cet écosystème.
Pourquoi rester à Tours malgré les offres des universités prestigieuses ?
Pour Jérôme Casas, l’attachement à la Touraine n’est pas seulement professionnel. Il habite à Savonnières, à proximité de la Loire à Vélo, et apprécie de pouvoir rejoindre facilement les bords du fleuve ou une guinguette. Après avoir vécu et travaillé dans plusieurs pays, il considère la qualité de vie locale comme un avantage rare.
Ce confort quotidien ne signifie pas qu’il ait renoncé à l’ambition scientifique. Il a dirigé l’IRBI de 2001 à 2008 et a pu développer ses recherches à Tours. Son expérience montre qu’un établissement d’origine peut offrir un environnement favorable à la poursuite d’un parcours international, à condition que les ressources, les collègues et les libertés de recherche soient au rendez-vous.
| Étape ou facteur | Repère dans le parcours | Influence sur son choix |
|---|---|---|
| Formation internationale | Zurich, Londres, Glasgow | Développer une expertise scientifique et une ouverture internationale |
| Expérience professionnelle | Suisse puis Californie | Comparer différents systèmes universitaires |
| Installation à Tours | Depuis 1993 | Faire confiance à une proposition française et à ses engagements |
| Conditions de travail | Équipe, instruments et financements disponibles | Poursuivre ses recherches sans que le salaire soit le seul critère |
| Qualité de vie | Savonnières et les bords de Loire | Ancrer durablement son choix professionnel dans un cadre apprécié |
La fidélité à Tours ne relève donc pas d’un refus de l’international, mais d’un arbitrage entre possibilités de carrière. À ses yeux, changer d’université n’aurait pas nécessairement produit une trajectoire scientifique plus accomplie.
PheroInnov : des antennes d’insectes aux robots détecteurs de mines
Le projet PheroInnov constitue l’un des grands chantiers de la fin de sa carrière. Déchargé de ses obligations d’enseignement et de gestion administrative pour s’y consacrer pleinement, Jérôme Casas travaille à la conception d’un nez artificiel très sensible, destiné à être embarqué sur des robots capables de repérer des traces d’explosifs.
L’idée est née après les attentats du 13 novembre 2015. Une lettre du directeur du CNRS invitait alors les chercheurs à réfléchir à la contribution de leurs travaux à la sécurité publique. Casas s’est demandé ce que ses recherches sur les poils d’insectes pouvaient apporter : ces structures jouent notamment un rôle dans la perception des odeurs. Il s’est alors tourné vers l’olfaction, puis a sollicité le CEA de Monts, spécialisé dans l’analyse des explosifs.
Reproduire l’olfaction active des insectes
En observant des robots de détection, le chercheur a identifié une difficulté liée à la conception de leur nez : son emplacement peut le rendre vulnérable à la poussière et aux mouvements de l’appareil. Les insectes, eux, ne se contentent pas de recevoir passivement les odeurs. Ils déplacent leurs antennes, un comportement que le scientifique rapproche de notre manière de renifler.
PheroInnov cherche à s’inspirer de cette olfaction active pour améliorer la détection. Sélectionné dans le cadre de France 2030, le programme bénéficie d’un financement du CNRS évalué à environ 2,5 à 3 millions d’euros. L’objectif envisagé par Casas est qu’un robot muni de ce dispositif puisse détecter une mine antipersonnel sur un terrain, notamment dans un contexte tel que celui de l’Ukraine. Il s’agit d’une ambition de recherche, et non d’un résultat déjà acquis.
Cette démarche se situe au croisement de la biologie, de la physique et de l’ingénierie. Elle rejoint les enjeux plus larges de l’innovation dans le domaine de la défense, abordés notamment dans cet article sur les projets d’innovation liés à la défense.
Une carrière scientifique portée par la liberté de recherche
Pour l’entomologiste, l’intérêt de PheroInnov tient aussi à la liberté dont il dispose pour explorer une question nouvelle. Il dit apprécier de pouvoir orienter le travail sans être absorbé par les cours ou les tâches administratives. Cette marge de manœuvre est précieuse dans un projet exploratoire, où les réponses ne sont pas garanties d’avance.
Le chercheur rappelle d’ailleurs qu’un financement conséquent ne garantit pas à lui seul une découverte ou une application opérationnelle. La nature conserve une part d’imprévisibilité : une équipe peut travailler sérieusement et ne pas parvenir au résultat attendu. C’est aussi ce qui distingue la recherche d’un simple programme de développement industriel, même lorsque les applications espérées sont très concrètes.
- Une expertise biologique : ses travaux sur les insectes et leurs structures sensorielles inspirent une nouvelle approche de la détection des odeurs.
- Un travail interdisciplinaire : le projet associe l’observation du vivant, la mécanique des fluides, la robotique et l’analyse des explosifs.
- Un objectif d’intérêt public : à terme, un nez artificiel pourrait contribuer à mieux localiser des explosifs et des mines antipersonnel.
- Une démarche expérimentale : le financement et l’engagement des chercheurs ne préjugent pas de l’issue scientifique du projet.
Cette association entre recherche fondamentale et applications possibles nourrit une réflexion plus large sur l’innovation scientifique, comme le montre aussi le panorama des innovations en biologie en France. Pour Casas, le projet offre une manière singulière de mobiliser les connaissances accumulées au fil de sa carrière.
Recrutement universitaire et attractivité : ce que révèle son parcours
Le parcours de Jérôme Casas nuance l’idée selon laquelle les chercheurs les plus convoités seraient nécessairement attirés par le poste le mieux rémunéré. Le salaire compte, mais il ne suffit pas à déterminer un choix de carrière : la confiance dans les engagements, la qualité de l’équipe, les équipements, le financement des projets et l’équilibre de vie peuvent peser tout autant.
Son cas rappelle également que la mobilité académique n’est pas une fin en soi. Les expériences à l’étranger ont enrichi sa trajectoire, mais son installation durable à Tours lui a permis de construire une activité de recherche reconnue sans renoncer à l’ouverture internationale. Pour l’attractivité universitaire, l’enjeu est donc aussi de créer des conditions qui donnent envie aux scientifiques de rester et de développer leurs projets au sein de leur établissement.
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Jérôme Casas est un entomologiste et professeur d’écologie à l’Université de Tours. Chercheur à l’Institut de Recherche sur la Biologie de l’Insecte, il a reçu le prix Gay-Lussac Humboldt en 2020.
Pourquoi Jérôme Casas a-t-il choisi de rester à Tours ?
Il explique avoir trouvé à Tours une équipe adaptée, les instruments et les financements nécessaires à ses recherches, ainsi qu’une qualité de vie à laquelle il tient. Les offres concurrentes, parfois beaucoup mieux rémunérées, ne lui garantissaient pas une carrière scientifique plus satisfaisante.
À quoi sert le projet PheroInnov ?
PheroInnov vise à développer un nez artificiel inspiré de l’olfaction des insectes. À terme, ce dispositif pourrait équiper des robots de détection d’explosifs et de mines antipersonnel, mais le projet reste un programme de recherche en cours.
Quel est le financement annoncé pour PheroInnov ?
Le projet, sélectionné dans le cadre de France 2030, bénéficie d’un financement du CNRS annoncé à hauteur d’environ 2,5 à 3 millions d’euros.